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Crise du logement : 330 euros pendant 15 ans, pour 1,56 m2

  • Image Fondation Abbé Pierre

À 55 ans Dominique a décidé de relever la tête. Après avoir passé 15 ans dans un appartement de 1,56m2 pour un loyer de 330 euros, il porte sa propriétaire devant les tribunaux. Somme réclamée : 25 000 euros.

Sur le bail de Dominique, on peut lire "chambre de service", sans précisions sur les dimensions. Réalité du terrain : un espace de 1,56 mètre carré géré en quinze ans par trois agences immobilières successives qui n'ont visiblement pas tiqué devant les circonstances de location.

C'est la fondation Abbé-Pierre qui révélait en janvier dernier les conditions de logement indignes de cet artiste peintre subsistant grâce à un travail d'animateur. Ce n'est pas seulement les proportions ridiculement petites du logement parisien qui a scandalisé l'association, mais le prix excessivement élevé du loyer considérant la surface du bien immobilier.

330 euros pour 1,56 mètre carré c'est tout simplement dix fois plus que la moyenne, même à Paris. Dominique payait avant le passage à l'euro 1620 francs, soit environ 250 euros. Avec la loi Carrez et les augmentations progressives chaque année, le loyer du logement a atteint 330 euros.

Dominique a équipé l'appartement lui-même d'un lit, d'un lavabo, d'une plaque de cuisson et d'un radiateur électrique. Toilettes sur le palier et sans salle d'eau, il devait se laver au lavabo ou chez des amis.

Épaulé par la Fondation qui se bat contre le mal-logement et par une avocate, maître Aurélie Geoffroy, Dominique réclame à sa propriétaire 25 000 euros de dommages et intérêts au titre du préjudice moral et économique subi.

25 000 euros c'est l'équivalent des cinq dernières années de loyer. L'avocate explique que "330 euros pour 1,56 m2 loi Carrez, on tourne autour de 220 euros le mètre carré, soit dix fois plus que la moyenne parisienne, on est même bien au-delà des loyers pratiqués sur les Champs-Elysées".

En 2010, ce même tribunal d'instance du XIème arrondissement en charge de réclamation de Dominique, avait condamné un propriétaire à restituer les loyers d'un 4m2 pour un montant d'environ 20 000 euros.

Olivier Douek, conseil de la propriétaire, estime que l'appartement faisait environ 4 m2 si l'on ne tient pas compte de sa hauteur (mansarde). Selon un voisin, Dominique aurait sous-loué à partir de 2010 son logement. Sans parler des APL perçues. Ni de la maladie de la propriétaire aujourd'hui handicapée. Il préfère en outre rejeter la faute sur la société immobilière Riberoux qui s'occupait du bien.

Aujourd'hui, grâce au combat de l'association, Dominique a été relogé. Il habite un 40m2 dans le Xe arrondissement pour 390 euros. Seul, fragilisé par la peur de se retrouver dans la rue, Dominique n'aurait sûrement pas eu la force d'affronter un combat qui est plus grand que lui : celui du mal logement qui gangrène la capitale.

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